Les
psychologismes spiritualistes :
la confusion du spirituel et du psychologique, la psychanalyse,
La confusion
du spirituel et du psychologique
Nous entendons par ce terme de "psychologisme" le parti pris
de tout réduire à des facteurs psychologiques et de mettre
en question, non seulement l'intellectuel et le spirituel, - le premier
se référant à la vérité et le second
à la vie en elle et par elle, - mais aussi l'esprit humain comme
tel, donc sa capacité d'adéquation et, de toute évidence,
son illimitation interne ou sa transcendance.
Cette tendance amoindrissante et proprement subversive sévit dans
tous les domaines que le scientisme prétend embrasser, mais son
expression la plus aigüe est sans contexte la psychanalyse ; celle-ci
est à la fois un aboutissement et une cause, comme c'est toujours
le cas chez les idéologies profanes, telle que le matérialisme
et l'évolutionnisme, dont la psychanalyse est au fond une ramification
logique et fatale et un allié naturel. (Résumé
de métaphysique intégrale, p. 101, Chapitre: L'imposture
du psychologisme).
D'une manière toute générale, ce dont il convient
de se méfier avec une vigilance implacable, c'est la réduction
du spirituel au psychique, laquelle est tout-à-fait courante -
au point de les caractériser - dans les interprétations
occidentales des doctrines traditionnelles ; cette soi-disant "psychologie
de la spiritualité"- ou cette "psychanalyse" du
sacré - est la brèche par laquelle le virus mortel du relativisme
moderne s'infiltre dans les traditions orientales encore vivantes (1).
Bien entendu, il ne s'agit pas de nier que la spiritualité, bien
que déterminée essentiellement par le supra-individuel,
comporte des modalités secondaires d'ordre psychique du fait qu'elle
met forcément en oeuvre "tout ce que nous sommes" ; mais
une "psychologie du spirituel" est un contresens qui ne peut
aboutir qu'à la falsification et à la négation de
l'esprit ; autant vaudrait parler d'une "biologie de la vérité",
et on peut être certain que cela s'est déjà fait.
(1) D'après C.G. Jung, l'émersion figurative
de certains contenus du "subconscient collectif" s'accompagne
empiriquement, à titre de complément psychique, d'une
sensation nouménale d'éternité et d'infinitude
; c'est ruiner insidieusement toute transcendance et toute intellection.
Selon cette théorie, c'est l'inconscient - ou subconscient -
collectif qui est à l'origine de la conscience "individuée",
l'intelligence humaine ayant deux composants, à savoir les reflets
du subconscient d'une part et l'expérience du monde externe d'autre
part; mais comme l'expérience n'est pas en soi de l'intelligence,
celle-ci a nécessairement pour substance le subconscient, et
on en vient alors à vouloir définir le subconscient à
partir de sa ramification. C'est la contradiction classique de toute
philosophie subjectiviste et relativiste. (Images de l'esprit, p.
164 ou Trésors du Bouddhisme, p. 74-75).
Si tout ce qui est humain à un titre quelconque a des raisons
purement psychologiques, on peut et on doit tout expliquer par la psychologie,
d'où la "psychologie des religions" et la critique prétendûment
psychologique des textes ; dans tous les cas de ce genre, nous assistons
à des spéculations dans le vide en l'absence des données
objectives indispensables, mais inaccessibles aux méthodes d'investigation
arbitrairement définies comme normales, ou abusivement étendues
à tout savoir possible. (Logique et transcendance,
p. 18).
La psychanalyse
La psychanalyse, d'abord élimine les facteurs transcendants essentiels
à l'homme et ensuite remplace les complexes d'infériorité
ou de frustration par des complexes d'aisance et d'égoïsme
; elle permet de pécher calmement, avec assurance, et de se damner
avec sérénité. (Logique et transcendance,
p. 19).
Si le freudisme affirme que la rationalité n'est qu'un camouflage
hypocrite d'une animalité refoulée, cette affirmation -
évidemment rationnelle - tombe sous le même verdict ; le
freudisme, s'il avait raison, ne serait lui-même pas autre chose
qu'une dénaturation symbolisante d'instincts pycho-physiques.
Sans doute, les psychanalystes diront que dans leur cas, le raisonnement
n'est pas fonction de refoulements inavouables ; mais nous ne voyons pas
du tout, premièrement en vertu de quoi cette exception serait admissible
sur la base de leur propre doctrine, et deuxièmement pourquoi cette
loi d'exception ne jouerait qu'en leur faveur et non en faveur des doctrines
spirituelles qu'ils rejettent haineusement, et avec un révoltant
manque du sens des proportions.
Au demeurant, rien n'est plus absurde qu'un homme se faisant l'accusateur,
non de quelque accident pyschologique, mais de l'homme comme tel ; d'où
vient ce demi-dieu qui accuse, et d'où vient sa faculté
d'accuser ? Si l'accusateur a raison, c'est que l'homme n'est pas si mauvais
et qu'il y a en lui une capacité d'adéquation ; sinon il
faudrait admettre que les protagonistes de la psychanalyse soient des
dieux tombés imprévisiblement du ciel, ce dont on ne voit
pas ombre de vraisemblance, pour dire le moins. (Logique
et transcendance, p. 18-19).
La psychanalyse a réussi à pervertir l'intelligence, en
donnant lieu à un "complexe psychanalytique" qui corrompt
tout ; s'il est possible de nier l'absolu de bien des façons, le
relativisme psychologiste et existentialiste le nie dans l'intelligence
même ; celle-ci se fait pratiquement dieu, mais au prix de tout
ce qui fait sa nature propre, sa valeur et son efficacité ; elle
devient "adulte" en se détruisant.
(Logique et transcendance, p. 19).
Quant à la prière individuelle, elle a incontestablement
sa raison d'être dans notre nature, car c'est un fait que les individus
diffèrent entre eux et qu'ils ont des destins et des désirs
différents. Cette prière ... défait les noeuds psychiques,
ou en d'autres termes, elle dissout les coagulations subconscientes et
épuise bien des poisons secrets ; elle extériorise, devant
Dieu, les difficultés, défaillances et crispations de l'âme,
ce qui présuppose que celle-ci soit humble et véridique,
et cette extériorisation - opérée au regard de l'Absolu
- a la vertu de rétablir l'équilibre et de ramener la paix,
en un mot de nous ouvrir à la grâce (1).
(1) Le sacrement de pénitence se fonde sur ces
données, en y ajoutant une vertu compensatrice particulière
de nature céleste. La psychanalyse présente un procédé
analogue, mais en mode satanique, en remplaçant le surnaturel
par l'infra-naturel : à la place de Dieu, il y a la nature dans
ce qu'elle a d'aveugle, de ténébreux et d'inhumain. Le
mal, pour les psychanalystes, n'est pas ce qui est contraire à
Dieu et aux fins dernières de l'homme, mais ce qui trouble l'âme,
la cause de l'inquiétude fut-elle bonne ; aussi l'équilibre
résultant de la psychanalyse est-il d'ordre animal au fond, ce
qui est parfaitement contraire aux exigences de notre immortalité.
Chez l'homme, les déséquilibres peuvent et doivent être
résolus en vue d'un équilibre supérieur, conformément
à la hiérarchie spirituelle des valeurs, et non dans quelque
béatitude quasi végétale ; on ne peut guérir
un mal humain en dehors de Dieu. (Les stations de la Sagesse, p.162).
Au rebours de l'expérience et du bon sens, certains adeptes de
la psychanalyse - sinon tous - estiment qu'on ne devrait jamais punir
un enfant, car, pensent-ils, une punition le "traumatiserait ; ce
qu'ils oublient, c'est qu'un enfant qui se laisse traumatiser par une
punition juste - donc proportionnée à la faute - est déjà
un monstre. L'essence de l'enfant normal, sous un certain rapport, est
le respect des parents et l'instinct du bien ; une juste punition, loin
de le blesser foncièrement, l'illumine et le délivre, en
le projetant pour ainsi dire dans la conscience de la norme.
Certes, il est des cas où les parents ont tort et où l'enfant
est traumatisé à juste titre, mais l'enfant normal, ou normalement
vertueux, n'en tombera pas pour autant dans une amertume vindicative et
stérile, bien au contraire : il tirera de son expérience
le meilleur parti, grâce à l'intuition que toute adversité
est métaphysiquement méritée, aucun homme n'étant
parfait sans épreuve. (Résumé de métaphysique
intégrale, p. 96).
... il faut réagir contre l'opinion psychanalytique - très
répandue - que l'indignation aussi bien que l'enthousiasme révèlent
toujours un préjugé ou un parti pris ; opinion simpliste
qui est voisine d'une autre erreur non moins sotte, à savoir que
dans une discorde nul n'a jamais tout-à-fait raison, et que celui
qui s'emporte a toujours tort. (Résumé de métaphysique
intégrale, p. 99).
[Nous ne pouvons présenter ici tout le chapitre sur "L'imposture
du psychologisme" dans Résumé de métaphysique
intégrale, p. 101-107, qui est de toute première importance.
Indiquons seulement le contenu général de ce chapitre :]
L'imposture du psychologisme
Définition du terme "psychologisme"
La double imposture de la psychanalyse
La sinistre originalité de la psychanalyse
La question des complexes, les équilibres à tout prix
Usurpation, par la psychanalyse, de la religion et de la sagesse
L'Européen, excessivement "cérébral"
Supériorité, sous certains rapports, des hommes dits "primitifs"
Ravage de la psychanalyse dans le monde des "croyants"
La disgrâce du culte de la Sainte Vierge
Il faut revenir à la science des vertus et des vices
On fait la "psychanalyse" d'un scolastique par exemple, ou
même d'un Prophète, afin de "situer" leur doctrine,
- inutile de souligner le monstrueux orgueil qu'implique une semblable
attitude, - et on décèle avec une logique toute machinale
et parfaitement irréelle les "influences" que cette doctrine
aurait subie ; on n'hésite pas à attribuer, ce faisant,
à des saints toutes sortes de procédés artificiels,
voire frauduleux, mais on oublit évidemment, avec une satanique
inconséquence, d'appliquer ce principe à soi-même
et d'expliquer sa propre position - prétendument "objective"
- par des considérations psychanalytiques ; bref on traite les
sages comme des malades et on se prend pour un dieu. (Regards sur les
mondes anciens, p. 40, note 1).
... les rationalistes et les fidéistes ne sont pas les seuls adversaires
de la Sophia Perennis : un autre opposant - quelque peu inattendu
- est ce que nous pourrions appeler le "réalisationnisme"
ou "l'extatisme" : à savoir le préjugé
mystique - assez répandu dans l'Inde - qui veut qu'il n'y ait que
la "réalisation" ou les "états" qui
comptent en spiritualité. Les partisans de cette opinion opposent
à la "vaine ratiocination" la "réalisation
concrète" et s'imaginent trop facilement qu'avec l'extase,
tout est gagné ; ils oublient que sans les doctrines - à
commencer par le Védânta ! - ils n'existeraient même
pas ; et il leur arrive également de perdre de vue qu'une réalisation
subjective - fondée sur l'idée du "Soi" immanent
a grandement besoin de cet élément objectif qu'est la Grâce
du Dieu personnel, sans oublier le concours de la Tradition.
Nous devons mentionner ici l'existence de faux maîtres qui,
héritiers de l'occultisme et inspirés par le "réalisationnisme"
et la psychanalyse, s'ingénient à inventer des infirmités
invraisemblables afin de pouvoir inventer des remèdes extravagants.
Ce qui logiquement est surprenant, c'est qu'ils trouvent toujours des
dupes, et cela même parmi les soi-disant "intellectuels";
l'explication en est que ces nouveautés viennent remplir un vide
qui n'aurait jamais dû se produire.
Dans toutes ces "méthodes", le point de départ
est une fausse image de l'homme ; le but de l'entraînement étant
le développement - à l'instar de la "clairvoyance"
de certains occultistes - de "pouvoirs latents" ou d'une
personnalité épanouie ou "libérée".
Et puisqu'un tel idéal n'existe pas - d'autant que la prémisse
est imaginaire - le résultat de l'aventure ne peut être qu'une
perversion ; c'est la rançon d'un rationalisme sursaturé
- éclaté à son extrême limite - à savoir
un agnosticisme dépourvu de toute imagination.
(La transfiguration de l'homme, p. 16-17)
[Retour]
|